Bonjour à tous. Il fait chaud, et le seul endroit où je peux me retrouver relativement au calme, sans subir la canicule, est devant mon ordinateur (comme c’est dommage 🙂 ) … Un moment idéal pour relire, corriger et enrichir le compte-rendu de mon entretien avec mon ami Martin Dargent, soutenu par mon Marvin personnel, bien sûr (Mistral Vibe) ! Martin, que certains d’entre vous connaissent déjà, est le fondateur et dirigeant d’EasyVirt.

Cette semaine, j’ai eu la chance d’organiser avec lui un échange sous forme d’entretien pour retracer son parcours entrepreneurial et son évolution à la tête d’EasyVirt, une aventure qui dure depuis plus de quinze ans maintenant.

Martin présente ainsi ses débuts comme consultant fonctionnel SAP, jusqu’à la création de sa société et son évolution depuis. Personnellement, je le considère comme un « ami professionnel ». Nous nous sommes souvent rencontrés, notamment lors de nos discussions autour d’une bonne bière, à l’occasion des grande années du VMworld de Barcelone, ainsi que lors de divers événements et conventions (VMUG notamment).

Parcours Entrepreneurial de Martin et Genèse d’EasyVirt

Martin Dargent, aujourd’hui la cinquantaine triomphante, n’a pas suivi de formation initiale en informatique, mais a toujours évolué dans cet écosystème. Diplômé d’une école de commerce à Reims, il a débuté comme consultant fonctionnel SAP chez Unilog (racheté plus tard par Logica, puis par CGI), où il a acquis une expérience terrain précieuse. Après avoir contribué à la création de la branche conseil « Unilog Management », il a souhaité quitter Paris et rejoindre l’entité de services de Nantes à la fin des années 2000 (une excellente initiative, comme il le souligne aujourd’hui avec le recul … Naoned Power !)

C’est dans cette ville qu’il a concrétisé son intérêt pour le développement durable en mettant en place des initiatives environnementales, menant à la création de l’une des premières directions « Développement durable » au sein d’une ESN, celle de Logica, où il était précisément responsable de la partie environnement.

Plus précisément, il a suivi la formation sur le bilan carbone dispensée par Jean-Marc Jancovici (vous connaissez je pense 🙂 ) et a développé une calculatrice carbone dédiée aux projets. En 2008 ou 2009, lors d’une journée sur le numérique responsable, il rencontre Thierry Leboucq et décide de quitter Logica pour créer sa propre entreprise, entièrement dédiée au développement durable. Ensemble, ils fondent Kaliterre (créée en 2009), ancêtre de Greenspector, spécialisée dans l’éco-conception logicielle, et collaborent étroitement avec l’ADEME. Parallèlement, Martin s’intéresse au projet logiciel Entropy de Jean-Marc Meneau (IMT Atlantique), une solution d’optimisation énergétique des serveurs. Après quelques années et des divergences stratégiques avec son associé, il fonde EasyVirt en juillet 2011, en s’appuyant sur ce projet de recherche.

Pivot Stratégique : De Entropy à DC Scope

EasyVirt a rapidement opéré un virage stratégique. L’entreprise a abandonné l’idée de commercialiser le projet Entropy, axé sur l’optimisation énergétique par déplacement et consolidation de machines virtuelles, pour développer DC Scope.

Bien que l’idée d’Entropy (l’optimisation des ressources par migration intelligente des VM) fût excellente et ait valu à la société de nombreux prix ainsi que l’intérêt d’acteurs majeurs comme La Poste, elle ne s’est jamais concrétisée commercialement. L’échec s’explique principalement par l’absence de besoin concret sur le marché à l’époque : l’empreinte carbone n’était pas encore une priorité, et la facture électrique n’impactait pas directement les responsables d’infrastructure (d’ailleurs, c’est toujours le cas chez nous… quelle misère, mini Rognotudju spotted). Par ailleurs, l’arrivée de la fonctionnalité DPM intégrée à VMware, bien que présentant des bugs initiaux, a également freiné l’adoption d’une solution tierce, même si les algorithmes d’Entropy étaient jugés plus performants.

Face à ce constat, et après avoir analysé les réelles douleurs des clients entre 2011 et 2012, EasyVirt a identifié une opportunité différente : alors que la virtualisation était déjà massive, les machines virtuelles étaient mal gérées, et le capacity planning se faisait souvent « à la louche ». Les outils existants, comme vRealize Operations (et avant lui vCOps), étaient perçus comme des « usines à gaz » – et très onéreux, qui plus est. C’est pour répondre à ce besoin d’un outil simple, efficace, facile à déployer et plus abordable qu’est né DC Scope entre 2012 et 2013, d’abord exclusivement pour les environnements VMware. Le premier contrat a été signé peu après, environ deux ans après la création de l’entreprise, marquant le succès de ce pivot basé sur les besoins réels du marché.

Croissance d’EasyVirt

EasyVirt a fait le choix de rester une petite équipe agile, composée d’une dizaine de personnes (aujourd’hui sept : quatre en développement, deux au commercial et une à l’administratif). Cette taille maîtrisée permet de connaître parfaitement le code source et de préserver un esprit d’équipe fort. Financièrement, l’entreprise a atteint l’équilibre et dégage des bénéfices depuis plusieurs années, ce qui lui assure une trésorerie sereine, sans jamais avoir eu recours à une levée de fonds.

Martin explique avoir envisagé cette option au début, avec le projet Entropy, mais y avoir renoncé par manque de confiance dans le modèle économique. Il conseille d’ailleurs aux jeunes entrepreneurs de privilégier les prêts (BPI, TotalEnergies, etc.) pour sécuriser leur trésorerie sans diluer leur capital. Face à des concurrents comme Turbonomic, qui a levé 20 millions de dollars à sa création avant d’être racheté un milliard par IBM, Martin a choisi de ne pas se comparer et de privilégier une croissance organique et maîtrisée. Il estime que l’agilité est un atout majeur, notamment face à l’émergence de l’IA, car elle permet de s’adapter rapidement aux évolutions du marché.

Les produits d’EasyVirt et leur adaptation au Marché Actuel

Le catalogue de la société s’articule autour de trois solutions principales :

  • DC Scope : Le produit historique pour le pilotage et l’optimisation de la virtualisation, compatible avec des environnements on-premise et cloud (hybrides). D’ailleurs, il a beaucoup évolué, mais ses fondamentaux restent identiques à ceux décrits dans mon premier billet sur le sujet ici.
  • CO2 Scope : Une solution plus large pour mesurer l’empreinte carbone complète de l’infrastructure (serveurs physiques, stockage, etc.), utilisée par des clients comme Airbus, par exemple.
  • DC NetScope : Un outil permettant de visualiser les flux réseau entre les machines virtuelles (protocoles, communications) pour générer des matrices de flux dynamiques et des cartographies applicatives. Cet outil répond à un besoin critique, car les clients maîtrisent rarement ces flux, ce qui est indispensable pour les migrations, la sécurité ou la conformité (notamment la directive NIS2).

Anticipant les évolutions du marché bien avant le rachat de VMware par Broadcom, EasyVirt a adopté une stratégie multi-hyperviseurs, assurant une compatibilité avec Nutanix, Proxmox et surtout Vates. Le partenariat stratégique avec Vates s’est avéré particulièrement fructueux : il a permis d’intégrer les solutions d’EasyVirt à la stack Vates, comblant ainsi un manque spécifique en matière de capacity planningFinOps et GreenOps. Un modèle de licence commun, basé sur le nombre de serveurs physiques, a été mis en place. Grâce à ce partenariat, EasyVirt, alors peu présent sur ce marché, a réalisé de nombreuses ventes aux États-Unis, où Vates a vu son chiffre d’affaires exploser récemment (60 % de son activité aujourd’hui). Ce positionnement souverain et multiplateforme, couplé à la hausse du coût du matériel, place EasyVirt en bonne position pour tirer son épingle du jeu, malgré un contexte économique globalement tendu.

Vision Future : Intelligence Artificielle et Enjeux Environnementaux

J’ai posé une dernière question à Martin concernant l’IA et les risques qu’elle fait peser sur les développements logiciels, ainsi que les enjeux environnementaux qu’elle soulève. Martin exprime une certaine inquiétude face à l’IA, qui abaisse le ticket d’entrée pour de nouveaux concurrents, mais souligne que la connaissance fine du client reste un différenciant clé. En interne, l’équipe de développement, composée de profils très expérimentés (ingénieurs et docteurs), utilise l’IA de manière ciblée, non pas pour générer du code, mais pour des tâches fastidieuses comme la traduction de l’interface logicielle dans plusieurs langues, par exemple. Les développeurs restent confiants quant à leur valeur ajoutée.

Consciente que l’IA est très énergivore, EasyVirt s’est engagée dans le projet de recherche européen (FEDER) Frugalia, en consortium avec l’hébergeur DRI et l’IMT Atlantique. L’objectif est de mesurer précisément la consommation énergétique des algorithmes d’IA (notamment l’inférence des prompts), en s’appuyant sur des GPU, afin de développer des méthodes de prompting optimisées pour leur efficacité énergétique. Ce projet s’inscrit directement dans la feuille de route produit, qui vise à intégrer l’analyse de la consommation des GPU dans les outils de mesure et d’optimisation, renforçant ainsi le positionnement d’EasyVirt sur les enjeux de GreenOps.

Remerciements et conclusion

Un grand merci à Martin, cet entretien était en effet passionnant et complète à merveille je trouve toutes les informations que j’essaye de vous partager sur les enjeux actuels de Souveraineté, d’Energie et d’Environnement que nous vivont aujourd’hui.

Et bien sûr … longue vie à nos champions Nantais du Capacity Planning, des KPI et de la consommation Carbone de nos productions !

Références :
– EasyVirt: https://www.easyvirt.com
– Mon billet de DC Scope (2016…) : https://vblog.io/easyvirt-dcscope-un-nantais-a-lassaut-de-vrealize-operations/
– Martin Dargent sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/martin-dargent/

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