Bonjour à tous ! En cette fin de semaine, je suis fier de vous proposer ce nouvel article ! Mon premier interview d’un CEO : Olivier Lambert le co-fondateur de Vates, la jeune pousse Française éditrice de l’hyperviseur XCP-ng et de Xen Orchestra, le gestionnaire de clusters XenServer et XCP-ng. L’occasion de revenir sur tout le parcours d’Olivier et l’histoire de Vates depuis sa création en 2012.
Olivier Lambert : du sysadmin à l’entrepreneuriat
Olivier Lambert est cofondateur de Vates. Ingénieur généraliste de formation, il a débuté sa carrière comme administrateur système (comme beaucoup d’entre nous !). Dès 2005-2006, il était chargé de mettre en place une infrastructure basée sur Xen pour une grande entreprise du secteur de la santé, spécialisée dans la fabrication de matériel médical. Son rôle ? Assurer le fonctionnement complet de l’IT de l’usine. Cette société, intégrée verticalement (des matières premières à la stratégie en passant par la R&D et la production), lui a offert une vision à 360° de l’entreprise.
Plusieurs facteurs ont déclenché son « déclic » entrepreneurial :
- la lourdeur des processus, limitant l’agilité des décisions et des évolutions,
- une certaine lassitude face au salariat,
- surtout, l’envie d’associer des talents pour innover à sa manière, notamment dans le domaine de l’open source.
Création et première vie de Vates: intégration open source (2012–2013)
C’est à ce moment-là que l’aventure Vates commence. Trois cofondateurs — Olivier (sysadmin), Julien (développeur web) et Nithida (ergonome logiciel) — lancent cette jeune pousse spécialisée dans l’open source. Leur portefeuille de services est clair : audit, sélection de logiciels open source, intégration, configuration, livraison et hébergement. Pendant cette période, Olivier relance son projet personnel, Xen Orchestra, codé en 2009 et laissé en jachère depuis.
Pivot vers l’édition logicielle et Xen Orchestra (fin 2013–2014)
Les besoins internes de Vates et le constat de la popularité de Xen Orchestra, malgré sa stagnation, poussent la société à se recentrer sur la virtualisation. Vates s’appuie alors sur XCP (la version open source de XenServer, développée par Citrix) et décide de proposer une alternative pour la gestion des machines virtuelles. Xen Orchestra devient le produit phare.
Pour valider ce pivot stratégique, Vates sollicite le réseau de business angels grenoblois, notamment grâce à l’accompagnement de leur mentor, Rodrigue Le Gall. L’objectif reste inchangé : vendre Xen Orchestra comme une interface open source au-dessus de XenServer, tout en assurant un modèle économique pérenne.
Financement, sortie produit et modèle économique (2014–2015)
Tout s’accélère alors :
- Financement : un seed de ~70 000 € et un prêt bancaire de ~50 000 € sont obtenus.
- Développement et commercialisation de Xen Orchestra (travail intensif en 2014, sortie fin 2014/début 2015, vente exclusive en ligne).
- Modèle « clé en main » : le code est entièrement open source, Vates assurant le support et l’assistance pour les fonctionnalités avancées. Ce modèle permet déjà de générer des revenus réguliers et de pérenniser l’entreprise.
Développement à l’international (2015–2017)
Dès le départ, Vates se tourne vers l’international, notamment aux États-Unis et au Canada, où se trouvent les utilisateurs de XenServer de Citrix. À l’époque, la France ne représente que 5 % de la clientèle. Les premières embauches ont lieu pendant cette phase.
Risque stratégique lié à Citrix et XenServer Free (fin 2017–2018)
Fin 2017, Citrix annonce la fin de l’édition gratuite de XenServer. Problème : 50 % des clients de Xen Orchestra n’achètent pas XenServer ! De plus, Citrix n’a jamais adopté une culture open source. Ces éléments poussent Vates à développer XCP-ng (ng pour « next generation » évidemment, vous l’avez), un fork de XenServer pour garantir une alternative open source et indépendante. Pour être plus précis encore, Vates XCP-ng et Citrix XenServer partagent le même noyau hyperviseur issu du projet Open Source commun Xen. C’est pas simple, je sais et sachez que je me suis fait reprendre par Olivier plusieurs fois avant, j’espère, de comprendre toutes les poupées gigognes 🙂
Cette décision marque un tournant : Vates se structure, élargit son catalogue de produits et prépare le terrain pour une croissance communautaire (et bientôt commerciale). Le rachat de VMware par Broadcom, en 2022, va accélérer les opportunités.
La quatrième vie de Vates (2022–aujourd’hui)
La croissance de Vates est fulgurante : de 20 employés en 2022, l’entreprise passe à une centaine aujourd’hui. Elle dialogue désormais avec de nombreux intégrateurs et acteurs de l’IT, même si les plus gros restent lents à réagir (comme souvent !).
Côté hyperscalers et hébergeurs cloud, Olivier dresse un tableau mitigé. Malgré les enjeux de souveraineté et la nouvelle donne géopolitique, les acteurs européens peinent encore à se mobiliser. Mais les lignes bougent, et Olivier est convaincu que la situation évoluera rapidement.
Vates est doté aujourd’hui d’une équipe de professional services (avec certains ancien de VMware au passage) pour assurer la formation, le consulting et le métier de TAM (technical account manager) à la manière de VMware avec ses VTAM ou Dell sur son segment de maintenance Pro Support Plus.
Vision stratégique à horizon 2030+
Vates affiche des ambitions fortes :
- Profiter du rachat Broadcom/VMware pour construire un « nouveau VMware européen ».
- Financement par les clients, souveraineté affirmée, et ancrage dans l’écosystème universitaire (laboratoire commun avec l’Université Grenoble Alpes, collaboration avec Alain Tchang, expert Xen de l’équipe de recherche KrakOS à Grenoble justement).
- Un fort ratio de R&D par rapport au Marketing, que la société veut corriger pour améliorer son retard de notoriété aujourd’hui.
- Renforcement commercial : agence de presse, développement des services aux États-Unis.
- R&D 100 % française et européenne.
L’objectif ? Catalyser un écosystème européen indépendant, alliant innovation technologique et collaboration, assurer une montée en gamme technologique, et progresser encore dans les échanges avec les universités et les industriels).
Une offre produit et un écosystème en construction
Vates mise sur des bundles multi-éditeurs et des partenariats stratégiques :
- EasyVirt : déploiement de la suite en 2 clics via le bundle Vates VMS (virtualization management stack).
- UDS (Espagne) : collaboration sur une solution VDI.
- Pure Storage : intégration de type VVol (snapshots externalisés, visibilité des VM depuis la baie).
- Projets futurs : NetApp et d’autres (chaque partenariat nécessite une adaptation aux API spécifiques).
Partenariats matériels pour une souveraineté industrielle européenne
- Eviden (ex-Bull/Atos) :
- Fabricant de serveurs et supercalculateurs en France (et constructeur de JUPITER)
- Une usine à Angers (pour les plus anciens, rappelez-vous l’époque Bull/Zenith dans les années 90).
- Forte présence dans la défense et le HPC.
- Migration des clients « Eviden VMware » vers « Eviden Vates ».
- Veeam :
- Le plugin de Xen Orchestra est déjà en bêta publique aujourd’hui (sortie prévue le premier trimestre 2026).
- Objectif : faciliter les migrations pour les clients.
- Processeurs ARM :
- XCP-ng/Xen Orchestra déjà opérationnels sur les machines Ampere.
- Démonstrateur présenté à la KubeCon 2025 aux États-Unis.
- Partenariat renforcé avec Ampere (prêts de matériel, introductions clients).
- RISC-V :
- Intérêt stratégique pour l’open hardware (travaux du CEA, base universitaire chinoise).
- Objectif : tirer parti de l’open hardware pour l’indépendance européenne.
- Synergie européenne :
- Collaboration possible avec SiPearl (projet JUPITER avec l’Allemagne).
- Vision : une stack complète européenne (CPU européen + machines Eviden + stack Vates), hébergée en Europe.
Conclusion : un entretien inspirant
Échanger avec Olivier a été passionnant. Notre PoC, malheureusement infructueux, en 2023 au sein de notre institution est peut-être arrivé un an trop tôt… À ceux de mes collègues qui liront ces lignes, je dis : ces éléments devraient nous inciter à repenser — voire à réviser en profondeur — notre stratégie d’hyperviseur alternatif à VMware. À l’aune de ces informations, l’enjeu n’est plus seulement technique, mais stratégique pour les années à venir … il n’est pas trop tard 🙂
Et vous, quelle est votre vision de l’avenir de la virtualisation en Europe ? (N’hésitez pas à partager vos retours ou questions en commentaire !)
Un grand merci à Olivier pour l’échange !
Pour rappel, les URLs des articles vBlog.io sur les technologies Vates :
https://vblog.io/xen-orchestra-xcp-ng-une-alternative-a-vsphere/
https://vblog.io/la-societe-vates-xcp-ng-xo-a-la-lumiere-du-rachat-de-vmware/
https://vblog.io/vates-et-veeam-une-alliance-qui-promet-pour-les-pme-et-eti/
Who’s who :
Olivier Lambert : https://www.linkedin.com/in/olivier-lambert-22316b26/
Rodrigue Le Gall : https://www.linkedin.com/in/rlegall/
Pr Alain Tchana : https://www.linkedin.com/in/pr-alain-tchana-72516722/
Références externes :
Vates : https://vates.tech
Xen Project : https://xenproject.org
Xen Orchestra : https://xen-orchestra.com
XCP-ng : https://xcp-ng.org
Les partenaires évoqués dans cet article:
Jupiter HPC : https://www.eurohpc-ju.europa.eu/jupiter-officially-propels-europe-exascale-era-2025-11-17_en
Ampere Computing : https://amperecomputing.com
Easyvirt : https://www.easyvirt.com (les copains ! des articles sont présents aussi vBlog, allez voir ça !)
RISC-V : https://riscv.org
SiPearl : https://sipearl.com
Eviden : https://eviden.com/fr-fr/
UDS Entreprise : https://udsenterprise.com
Veeam : https://www.veeam.com/fr
Pure Storage : https://www.purestorage.com/fr/
