Et hop, une nouvelle faille, publiée en fin de semaine… là, il s’agit d’un problème de validation des métadonnées de somme de contrôle au sein de la stack réseau intégrée du noyau Linux, qui permet à une simple VM de « piloter » un exploit directement pour arriver à s’échapper de son enveloppe et obtenir (en labo) les droits root sur l’hôte… oops.

La faille, baptisée PwnEscape et référencée CVE-2026-99999, ne se trouve pas dans KVM : elle est dans la stack réseau IPv4 du noyau Linux de l’hôte (Proxmox par exemple, reste à vérifier auprès de l’éditeur). Depuis une VM, elle permet de lire la mémoire du noyau de l’hôte, de le faire planter et, en labo, d’y exécuter une commande root. Le correctif a été fusionné dans le noyau principal le 14 octobre 2026. Pas d’exploit public connu à l’heure où j’écris ces lignes.

Un peu de deep tech logicielle ?

Pour gagner en performances, Linux peut différer le calcul d’un checksum. Le paquet circule alors avec son checksum en attente, accompagné de deux métadonnées qui indiquent où le calcul démarre et à quel décalage le résultat devra être écrit. Ces métadonnées ne sont pas qu’un simple accompagnement : elles ont un rôle opérationnel et autorisent une écriture dans la mémoire du paquet. Or elles peuvent être fournies par la VM invitée, au sein d’une solution de virtualisation, notamment via le chemin virtio-net.

Les chercheurs à l’origine de cette découverte présentent le problème ainsi : différentes parties de Linux pouvaient se fier à des versions différentes d’un même paquet. Autant dire que la VM (le guest) est en capacité de réécrire l’en-tête du paquet après sa validation par l’hôte, sans que celui-ci n’y voie quoi que ce soit à redire : dans le scénario étudié, l’en-tête annonce alors 60 octets au lieu de 20, et l’hôte va lire 32 octets de sa propre mémoire pour les recopier dans le paquet émis, que la VM n’a plus qu’à capturer.

Vercel, dont le challenge à 1 million de brouzoufs est à l’origine de la découverte par Paulos Yibelo (pwn.ai), indique qu’aucun rapport n’a mis en évidence d’accès à des données clients. Le chercheur précise que l’exécution root est une démonstration de laboratoire et non une revendication sur un environnement de production (ouf !!)

Précision de méthode : l’analyse technique provient de pwn.ai, société qui commercialise du pentest automatisé. Le chercheur anticipe des exploits publics sous quelques semaines pour les configurations les plus faibles, et sous un mois pour les configurations par défaut. Il s’agit d’une projection de sa part et non d’un fait établi.

Chronologie

Date (2026)Événement
18 aoûtVercel lance son challenge à 1 M$
20 aoûtPremier rapport de fuite mémoire
4 septembreCause racine signalée en privé aux mainteneurs du noyau, avec des correctifs candidats
7 septembreUn ingénieur de Red Hat reproduit le défaut
7-8 octobreCorrectif amont validé et intégré à net.git
14 octobreFusion dans le noyau principal ; Vercel publie le bilan de son challenge
15 octobrePublication de la fiche CVE côté Ubuntu

État des correctifs dans les distributions

Debian (au 17/10/2026) : Debian 13 « trixie » est corrigée avec le noyau 6.12.113-1 (DSA-6568-1), mais Debian 12 « bookworm » (6.1.187-1) et « forky » restent vulnérables.

Ubuntu (au 16/10/2026) : en statut « Needs evaluation » pour l’ensemble des noyaux listés, y compris les variantes cloud et HWE… donc à surveiller.

Noyaux stables : IT-Connect cite, au conditionnel, les versions 5.10.272, 5.15.223, 6.1.190, 6.6.159, 6.12.113, 6.18.57 et 7.2.11. Seules les versions 6.12.113 et 7.2.11 sont confirmées par le tracker Debian ; les autres n’ont pas été confirmées par une source primaire.

Une découverte rapide !

Selon pwn.ai, la faille a été trouvée trois jours après le lancement du challenge, grâce à un moteur d’analyse piloté par des modèles de langage, sous supervision humaine. De son côté, Vercel a reçu 1 285 rapports en deux semaines, dont 877 doublons, pour une seule faille critique. Si ces éléments se confirment, le délai entre divulgation d’une faille et exploitation risque de se réduire encore.

Points restant en souffrance

  • Ancienneté du défaut : elle reste à établir ; les noyaux anciens et les stacks réseau non virtio, comme celle du dom0 de Vates XCP-ng, méritent une vérification approfondie.
  • A priori, le correctif actuel ne couvre pas tous les chemins possibles d’exploit au sein de la stack IP (une validation plus complète à l’entrée des paquets est annoncée par les mainteneurs), donc à suivre aussi.
  • Pwn.ai annonce un second effet kiss kool à surveiller : le passage de la fuite mémoire au contrôle de l’hôte.

Donc encore une fois, à suivre dans les prochains jours… Si ça vous intéresse, je vous ai mis tous les liens que mon Jarvis a pu me dégotter et je n’ai pas pu tout consulter (pas bien Cédric, il FAUT vérifier ce que te donne une IA, RTFAI en somme 🙂 ), donc, faites-vous plaisir 🙂

Bonne fin de week-end.

Références :
– L’article qui m’a poussé à vous relayer l’info : PwnEscape : une faille Linux permet de s’évader d’une VM KVM, IT-Connect, d’ailleurs, n’hésitez pas à aller chez IT-Connect, un site (et une chaîne YouTube) de qualité !
– PwnEscape: Guest-to-Host KVM Escape (CVE-2026-99999), pwn.ai
– Le challenge de Vercel à l’origine de la trouvaille : Findings from the $1M Vercel Sandbox challenge, Vercel
– La CVE chez Ubuntu : CVE-2026-99999, Ubuntu Security
– La CVE chez Debian : CVE-2026-99999, Debian Security Tracker
– Le correctif dans le noyau : Commit 6785011f8b16 : ipv4: validate checksum_start before completing checksum
– La fonction d’accélération en cause dans le Noyo Nunux : Checksum Offloads, documentation du noyau Linux

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