Dans ma série d’interviews d’hommes de qualité (Au passage j’adorerais aussi interviewer des femmes ! Mais encore faut-il que j’en trouve dans mon réseau, avis aux amatrices !), Je vous présente aujourd’hui un échange récent avec Benjamin Touchard. Benjamin est un entrepreneur et le concepteur, entre autre, de l’application « Maintenant » (un test plus complet arrive, promis !). Nous avons abordé de nombreux sujets : son parcours, sa vision du code et de l’IA, mais aussi certaines questions éthiques et politiques qui traversent l’IT aujourd’hui.
Formation et débuts (2000–2010)
À 47 ans, Benjamin cumule désormais 25 ans d’expérience dans l’IT, sans aucun diplôme universitaire classique. Tout commence en 2000, en pleine explosion du Web. Il suit alors une formation d’un an en alternance au CESI et en sort major de sa promotion. L’un de ses enseignants le recrute dans la foulée. Mais Benjamin a une fibre entrepreneuriale qui vient de sa famille, et il a besoin d’indépendance. Il se lance donc rapidement comme freelance.
Il cofonde ensuite sa première société, Rainette Studio, une agence web à Bordeaux. L’aventure s’arrête avant l’heure, à cause de désaccords et de problèmes financiers avec son associé. Benjamin ne se décourage pas : il relance une agence Web avec des proches. Il la dirige avec succès pendant plusieures années. En parallèle, il enseigne pendant plus de dix ans au CESI et forme plusieurs générations de développeurs et d’ingénieurs.
Le virage start-up (2017–2025)
En 2017, un de ses anciens élèves lui propose de rejoindre une startup dans l’éducation, Skillogs. Benjamin met son statut d’indépendant entre parenthèses et devient salarié. Il rejoint ensuite Lucine, une start-up de la HealthTech. Lucine développe des dispositifs médicaux numériques et utilise la réalité virtuelle pour soulager la douleur chronique de l’endométriose. Benjamin y occupe un poste à responsabilités techniques.
Le retour au freelance et la genèse de « Maintenant »
Après la fermeture de la dernière startup, Benjamin ne cherche pas un nouveau poste salarié. Il se relance en freelance et se présente lui-même comme « Fractional CTO », c’est-à-dire directeur technique à temps partagé. Il travaille aujourd’hui pour plusieurs entreprises/startups (HealthTech et Spatial).
Benjamin profite de sa période de transition pour concevoir et développer entièrement plusieurs projets, dont la plupart disponibles en Open Source. Pour « Maintenant » c’est le point de départ concret. Il administre des infrastructures et des serveurs de production, pour lui-même comme pour ses clients, et il s’use beaucoup face à la complexité de l’outillage. Il doit combiner, configurer et maintenir quatre ou cinq logiciels différents : collecte des logs, monitoring des conteneurs, alerting, sécurité…
Finalement, sa réponse, c’est « Maintenant ». Il s’agit d’un outil tout-en-un, très léger et souverain (qui se lance simplement a partir d’un manifest Docker-compose). Il réunit dans une seule interface la supervision des conteneurs, le monitoring des serveurs (endpoints), la gestions de certificats SSL et une analyse de sécurité de base de la machine.
Benjamin a développé « Maintenant » en s’appuyant sur l’IA, surtout sur les modèles Claude d’Anthropic. Sa façon de travailler a profondément changé en l’espace de 5 ans. Il ne tape presque plus de lignes de code, et il peut désormais davantage se concentrer sur la partie architecture et un contrôleur/valideur que comme un développeur au sens strict. Benjamin se méfie toutefois du code instable que l’IA peut produire. Il la cadre donc avec un cahier des charges strict, en ayant construit son harnais de sécurité IA autour du framework SpecKit, qui l’aide à fournir des contraintes d’architecture claires et des tests « end-to-end » systématiques sur chaque fonctionnalité. C’est ce qui garantit la fiabilité et la sécurité de l’application.
Souveraineté, cloud et éthique dans le choix de ses projets
Pour Benjamin, son travail technique doit être aligné avec ses valeurs personnelles. Il refuse de mettre son temps et ses compétences au service d’industries qu’il juge néfastes, comme les paris en ligne, les jeux d’argent ou les applications conçues pour capter l’attention des jeunes (suivez notre regard …) . Il préfère les projets éducatifs, de santé ou qui ont un vrai impact positif.
Ses convictions touchent aussi à la souveraineté numérique. Benjamin tient à rester indépendant des GAFAM, et « Maintenant » fait partie de cette volonté de reprendre la main sur ses outils. Il pointe les risques d’une dépendance croissante aux clouds américains (AWS, GCP, Azure). Avec une solution open source et souveraine, il veut que les petites équipes et les PME européennes gardent le contrôle total de leurs données et de leurs infrastructures, sans accumuler des abonnements SaaS coûteux et opaques.
Conlusion
J’ai beaucoup aimé cet échange. Le parcours de Benjamin et les périodes qu’il a traversées me parlent beaucoup. Je partage aussi sa vision de l’IA : il est enthousiaste face à cette technologie révolutionnaire, sans ignorer ses limites actuelles. Nous avons le même regard critique sur le cloud américain et la nécessité pour les entreprises de reprendre leur souveraineté (en tout cas, avoir conscience de leur position par rapport à cela).
Bref, un homme de qualité, comme je le disais en introduction. Je vous conseille de le suivre, au moins sur LinkedIn, et de garder un œil sur ce qu’il produit, à commencer par « Maintenant » !
Références :
– Benjamin Touchard sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/benjamin-touchard/
– Son Github : https://github.com/kOlapsis
– SpecKit sur Github : https://github.com/github/spec-kit
– Maintenant sur Github : https://github.com/kOlapsis/maintenant
