Bonsoir à tous ! Dans le cadre de ma série d’entretiens tech, j’ai eu le plaisir d’échanger récemment avec Jérôme Lecat, CEO de Scality, l’entreprise française spécialisée dans le stockage objet logiciel. Au menu : stratégie, souveraineté, innovations technologiques, et la roadmap de Scality pour les 2-3 prochaines années. Voici les points forts de notre discussion.
Parcours entrepreneurial : de la tech au capital-risque
Jérôme a un profil hybride, à la croisée de la technologie et du capital-risque. Après un début de carrière à San Francisco, il a accumulé une solide expérience en logiciel et en conseil informatique, tout en partageant cette culture « geek » qui parle à toute une génération (ha ! les années 80 …).
Premières aventures :
En 1994, il lance un FAI (fournisseur d’accès Internet), inspiré par l’essor du web commercial aux États-Unis, qu’il revend en 1997.
En 2003, il fonde Bizanga, une solution anti-spam pour les opérateurs télécoms (basée sur des solutions MTA, à la Postfix), devenue un leader mondial dans son domaine.
Naissance de Scality :
En 2008, alors qu’il cherche un relais de croissance pour Bizanga , Jérôme identifie un besoin criant chez ses clients opérateurs : une solution de stockage logiciel sur serveurs banalisés, moins coûteuse que les offres d’EMC ou NetApp de l’époque (AWS S3 venait tout juste de sortir sans encore être le standard actuel), et ses clients voulaient une alternative flexible et économique. Scality (initialement nommée Bizanga Store) naît pour y répondre. Premier déploiement majeur en 2010 chez Telenet en Belgique … un service toujours opérationnel aujourd’hui avec plus de 2 millions de clients, sans interruption ni panne depuis cette date !
Positionnement : l’autonomie et la souveraineté des données
Scality se donne pour mission de rendre les entreprises autonomes dans la gestion de leurs données massives, tout en les protégeant des risques liés aux lois extraterritoriales. Par ailleurs, Scality est la seule entreprise européenne spécialisée dans le stockage objet. Avec 50 % de son chiffre d’affaires réalisé hors Europe et des contrats régaliens dans 35 pays, elle prouve qu’il existe une demande mondiale pour des solutions indépendantes des géants américains. Enfin, en France, Scality équipe les clouds d’Orange, SFR, Free Pro et Outscale, ainsi que le CHU de Nantes (et oui ^^).
Face à la concurrence : Comparé à des acteurs comme Dell ECS, Scality mise sur un logiciel plus abouti, performant et flexible(déployable sur n’importe quel matériel). Le vrai défi ? Dépasser les habitudes d’achat : beaucoup de clients optent pour des solutions connues par réflexe, sans évaluer les alternatives. Un constat qui fait écho à mon article rognotudju sur la souveraineté Européenne d’il y a quelques semaines.
Stratégie produit : cloud, cybersécurité et IA
Scality cible trois marchés clés : Les infrastructures cloud (publiques et privées), La cybersécurité : protection des sauvegardes contre les ransomwares. L’intelligence artificielle : via des data lakes et pipelines unifiés.
Coté produits, on trouve Artesca : une solution clé en main pour les PME, simple, légère et ultra-sécurisée. Scality va jusqu’à offrir une cyber-garantie sur la robustesse de son logiciel. Actuellement limitée à 6 serveurs, elle s’intègre facilement avec des outils comme Veeam ou Commvault.
… et Scality RING : destiné aux ETI et grands comptes, ce produit innove avec la gestion de multiples « températures » de stockage(du flash sub-milliseconde au stockage froid type « glacier »), le tout dans un même namespace S3. Une fonctionnalité stratégique pour l’IA, qui nécessite un accès unifié à des données variées.
Innovations : LLM, revue de code et optimisation matérielle
Scality a massivement intégré les LLM dans ses opérations : Génération de prévisions de ventes (4h de travail réduites à quelques minutes). Rédaction de résumés de tickets support et rapports post-mortem. Assistance à la production de contenu marketing.
Développement assisté par IA : 30 % du nouveau code est généré par des LLM. La revue de code est désormais hybride (humain + IA), cette dernière excelle pour détecter des anomalies ou suggérer des optimisations.
Partenariats matériels : Scality a testé la vente d’appliances (via Artesca), mais ses partenaires préfèrent intégrer eux-mêmes le logiciel. Un partenariat avec Samsung sur les SSD « Nearline Flash » montre aussi son intérêt pour l’optimisation énergétique et matérielle.
Services managés : À l’étude pour les grands comptes, avec un modèle basé sur le logiciel déjà déployé chez le client.
Perspectives : l’Europe tech a de l’avenir !
Cet entretien m’a confirmé ce dont je me doutais déjà : Scality est un exemple concret que l’Europe peut innover et rivaliser avec les big tech américaines et que rien n’est encore perdu !
Un grand merci à Jérôme pour son temps et ses éclairages, et bon vent à Scality !

Références :
Scality : https://www.scality.com
Jérome Lecat sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/jeromelecat/
Mon article : Rognotudju ! Souveraineté Européenne entre la peste Américaine et le choléra Chinois …