XtremIO à l’épreuve des analystes

Alors que je faisais un petit tour sur ma timeline Tweeter, je suis tombé sur un retweet d’un gentleman du nom de Mikael (qui travaille chez Atlantis aujourd’hui, transfuge d’EMC que j’ai eu l’occasion de côtoyer à plusieurs reprises) citant la très récente étude de la DCIG, une des nombreuses sociétés d’analyse du marché de l’IT, portant sur le segment des All-Flash-Arrays, dont les conclusions sont pour le moins surprenantes en première lecture : XtremIO est relégué au onzième rang, en fond de tableau, loin derrière les solutions de HP et Netapp, notamment. Quoi comment pardon, qu’est-ce ?!

Evidemment, avec les chiffres de vente insolents d’XtremIO aujourd’hui sur ce marché en pleine explosion, il n’en fallait pas plus pour que cela déclenche une avalanche de querelles de clochers et d’arguments plus ou moins objectifs. Mais, après tout, il convient d’analyser vraiment les critères qui ont présidés à cette étude avant de balancer le bébé avec l’eau du bain.

Le billet d’annonce de la DCIG au sujet du rapport apporte malgré tout quelques orientations intéressantes quant aux reproches qui ont pu peser lourd dans le classement final d’XtremIO. Je vous propose de faire le tour des objectifs et fondements de l’étude, puis d’y apporter une pondération pour XtremIO, que je connais bien désormais et voir si effectivement, en suivant ces fameux critères, la DCIG a eu raison de placer XtremIO si loin dans le classement.

Avant toute chose, rappelez-vous que mes opinions n’engagent que moi ici et je ne suis évidemment pas un analyste (quoi que, quand je vois certaines conclusions dans d’autres domaines que l’IT, je me dis que je pourrais peut-être faire carrière ^^).

En introduction, le rapport apporte d’abord un éclairage sur le segment des AFA en indiquant ce que tout le monde entrevoit déjà, à savoir que les AFA sont en train de marcher de plus en plus sur les plates-bandes des baies historiques (VNX, EVA etc …) et les remplaceront sans doute complètement à terme pour le stockage primaire. D’autre part, les baies flash apportent indéniablement une souplesse et une agilité dans la gestion des workloads, elles disposent d’un ROI de plus en plus intéressant, quel que soit le domaine applicatif (VDI, Transactionnel, domaines spécifiques). Enfin, il insiste sur la baisse constante des coûts du stockage flash que l’on peut suivre depuis l’arrivée de cette technologie sur le marché, à tel point qu’en terme de capacité, ce type de support n’aura bientôt plus rien à envier aux disques à plateau “performance” SAS ou FC au niveau de leur rapport coût/performance.

Fort de tous ces constats, le rapport donne des directions souhaitables (selon lui) en matière de richesse fonctionnelle qui vont, je vous l’annonce déjà, faire mal à XtremIO : réplications synchrones et asynchrones, fourniture d’API pour le stockage objet, gestion native du tiering externe (On premise et Off premise sur des clouds publics), la gestion du cycle de vie de la données (récupération de l’espace disque), QoS, la facilité et la richesse des outils d’administration etc. …

Vous noterez déjà une absence, cruelle pour l’AFA d’EMC : la latence et le niveau de performance général n’est PAS un critère majeur. Il est présent bien sûr, mais sa pondération est presque anecdotique. En effet, lorsqu’on compare une baie Netapp dont l’historique de service est particulièrement riche, difficile pour XtremIO, jeune et fougueux, mais encore très pauvre fonctionnellement de rivaliser.

Les baies sont évaluées sur 3 grands domaines “Management & Software”, “Virtualization” et “Hardware”. Le rapport établit une échelle gradué pour positionner globalement les baies en fonction de ces critères : Best-In-Class (le premier), Excellent, Good et Basic.

Venons en donc au tableau de “notes” d’XtremIO. Histoire de mettre cette fiche en perspective, je vous propose de la comparer directement avec le champion du rapport, la baie HP 3PAR StoreServe 20000 (Best-In-Class sur les 3 domaines et globalement)

Le premier thème concerne donc le logiciel de gestion des baies et ses fonctionnalités. Ce qui manque à XtremeIO ici, clairement ce sont les fonctions de réplication natives et la gestion fine de la QoS. Alors, bien sûr, les performances de la baies sont le nerf de la guerre en filigranne, mais pouvoir “a priori” accorder une priorité plus forte ou une politique de traffic shaping sur chaque LUN en fonction de son usage n’existe pas encore sur XtremIO. De même, malgré l’annonce en mai dernier de la compatibilité native d’XtremIO avec Recoverpoint, il reste que rien n’existe aujourd’hui sur XtremIO en matière de réplication synchrone et asynchrone. Sur tous ces points, je trouve logique que l’AFA d’EMC soit placée en “Basic” même si la partie QoS laisse un gout amer connaissant le niveau de performance de ces baies. Maintenant, tout le monde a-t-il besoin d’un tel niveau pour le quotidien ? Sans doute pas.

A l’intérieur de ce grand thème, on trouve aussi des critères comme le tiering automatique vers des support capacitif, voir des clouds public, la fourniture de volume via des protocoles orientés File (NFS/CIFS) ainsi que la présence d’API REST pour la fourniture de volumes en mode objet. De mon point de vue, les point précédents sont plus contestables, quand on parle de baies full-flash. Même si le coût a tendance se réduire, utiliser une baie de ce type pour stocker du fichier me parait vraiment du gachi

Le second concerne l’intégration aux écosystèmes de virtualisation. La aussi, XtremIO perd beaucoup de terrain car elle ne prend pas en charge l’ALUA, n’offre pas directement de plug-in VASA et ne supporte pas encore les VVols… On pourrait ergoter qu’une prise en charge complète des VVols seulement 7 mois après la sortie de vSphere 6, ce n’est pas si gènant, sachant qu’en plus EMC a clairement dit que la roadmap XtremIO intégrait le support de cette technologie, mais, bon, certes, c’est un critère qui compte (et comptera de plus en plus en même temps que l’intégration de vSphere 6 au sein des infras du monde entier).

Le troisième concerne la partie hardware proprement dite. Sont listées ici toutes les capacités techniques intrinsèques de chaque baie : total adressable par “brique”, total maximum disponible, nombre de ports FC/Ethernet etc. … Là, j’avoue, je suis dubitatif sur ces critères, d’autant que certains m’apparaissent comme faux pour XtremIO. Je ne suis pas un spécialiste du hardware de l’AFA, mais si on dispose de 8 X-Bricks (max), chacun dispose de ses propres contrôleurs (2 par X-Brick) et chaque contrôleur est pourvu de 2 ports FibreChannel. Au final on doit donc avoir potentiellement pas moins 32 Ports FC alors qu’il n’est indiqué que 4 maxi. De plus, indiquer que XtremIO ne dispose pas encore de connectivité FC en 16Gb m’apparaît limite comme “mesquin”… évidemment qu’EMC va proposer du 16 Gb, ce n’est qu’une question de mois, je pense.

Sans aller trop loin dans l’analyse, ce qu’on peut retenir de ce comparatif, qu’il vaut ce qu’il vaut après tout, c’est qu’il est toujours difficile de vraiment évaluer une solution de stockage complètement “hors contexte”. En effet, XtremIO manque d’une solution de réplication synchrone/asynchrone, mais si vous disposez déjà de VPlex ou d’une autre solution de virtualisation du stockage (DataCore, IBM SVC etc. …), la question ne se pose plus de manière aussi prégnante. De même, ce comparatif est une photo de l’état de maturité de différentes baies, vu par les analystes de DCIG à un instant T. Lorsqu’on investit dans un équipement de stockage, il faut regarder les perspectives et les fondations de la technologie choisie, pas seulement son potentiel au moment de l’achat. Notre choix d’XtremIO s’est fait par exemple avec la perspective de la compression inline (et bien d’autres critères, bien sûr) en tête, alors même qu’a l’instant de l’acquisition, cette fonctionnalité n’était pas encore officiellement annoncée.

Enfin, les technologies portent en elles beaucoup de leur succès à venir, mais les entreprises qui les vendent sont aussi un élément de leur réussite. XtremIO n’aurait sans doute pas explosé autant cette dernière année si il était resté dans les mains de ses fondateurs avant le rachat.

Alors, oui, certes, vis à vis de ce rapport DCIG, XtremIO est à la traîne sur beaucoup de points, certes il n’est pas exempt de défauts (notamment son prix actuel, plus élevé que la moyenne), mais si vous y ajoutez un soupçon de ViPR, une petite dose de roadmap et une pincée de ce qui fait sa force (voir mes nombreux billets de fond sur la technologie derrière XtremIO), je ne pense pas qu’il faille être spécialement inquiêt pour l’avenir de ce produit. Et puis vous savez, les analystes passent, les productions restent ;)

Vous pourrez trouver le rapport en question à cette adresse : http://www.dcig.com/2015/09/dcig-2015-16-all-flash-array-buyers-guide-now-available.html
L’article qui a mis le feu aux poudres :) chez The Register : http://www.theregister.co.uk/2015/10/05/dcig_rates_topselling_emc_flash_array/

3 thoughts on “XtremIO à l’épreuve des analystes

  1. Kiwis says:

    bonjour à tous

    Mes deux cents sur l’analyse, qui comme toi, ne concerne que moi:
    C’est sûr que Emc prend de pleins fouet le classement dcig mais ne pas proposer une baie qui fait de la répli nativement est plutôt un frein quand tu vas en clientèle.

    Alors oui il y a toujours les vplex mais ça fait monter la facture de 20% (bon j exagère peut être) et le vplex(comme datacore ou autre) ajoute de la latence sur un produit qui met en avant sa faible latence. C’est juste dommage.

    Et je suis d’accord que c’est un peu mesquin concernant le 16G

    Concernant l’ALUA voici la réponse d’emc
    We don’t have ALUA because we are symmetrical N-way active. ALUA is not needed. (source: http://www.storagereview.com/the_dcig_afa_buyer_s_guide_is_a_sham)

  2. Raviere says:

    l’ALUA ne sert à rien sur cette baie c’est comme un vmax c’est du symétrique point barre ca c’est un argument qui me fait marrer (ALUA c’est le symétrique du pauvre :) ), sinon compte tenu du licensing sur les réplications, le coût de 20% d’une appliance de virtu n’est t’il pas justifiable par rapport aux modèles de licensing à la volumétrie ??? clairement c’est une question que je me pose quand on voit svc par exemple si tu colle ca devant un vmax t’a plus besoins des licences clone/snap/rdf qui sont facturés à la volumétrie répliqué donc ….. encore un argument qui tombe …

  3. Cédric Cédric says:

    C’est vrai que l’ALUA j’ai toujours eu un peu de mal à comprendre pourquoi les gens s’emballaient autant sur cette techno, c’était peut-être intéressant sur les CX, mais maintenant… mouaaye

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